Ancien producteur laitier pendant 35 ans dans le Finistère, Pierre souhaite attirer l'attention sur les difficultés financières auxquelles se confrontent les agriculteurs à la retraite. À 66 ans, il évoque sa situation avec sincérité, tout en évitant le misérabilisme. Sa décision de prendre sa retraite à 60 ans, facilitée par le dispositif de carrière longue, a été motivée par des problèmes de santé qui l'ont nécessité à se faire poser deux prothèses de genou.
Pierre bénéficie d'une retraite mensuelle de 1 150 euros, à laquelle s'ajoutent des revenus fonciers de 7 000 euros par an provenant de la location de ses terres à un jeune voisin. Ces revenus lui permettent d'améliorer sa situation financière, ainsi que celle de sa femme, elle-même ancienne salariée agricole.
Des pensions souvent insuffisantes
Engagé dans la défense des anciens agriculteurs, Pierre souligne la précarité que vivent beaucoup de retraités du secteur. Il rappelle que le seuil de pauvreté s'élève autour de 1 200 euros par mois, alors qu'une majorité d'agriculteurs touchent plutôt autour de 1 000 euros. Bien que plusieurs lois, dont la loi Chassaigne de 2020, aient été adoptées pour revaloriser les pensions, l’application de ces augmentations dépend de la durée de la carrière de chacun.
Des efforts récents, tels que la possibilité de calculer les retraites sur les 25 meilleures années, pourraient également améliorer les futures pensions. Cela dit, cette réforme ne prendra effet qu'à partir de 2028, laissant de nombreux agriculteurs dans l'incertitude.
Un investissement sous-évalué
Pierre témoigne de l'investissement colossal exigé par le métier d'agriculteur. Après avoir débuté en tant que technicien agricole, il a géré une exploitation laitière de 40 à 45 vaches pendant plus de trois décennies, produisant en moyenne 1 000 litres de lait par jour. Malgré une rémunération initiale correcte, il a dû produire de plus en plus de lait pour obtenir des revenus similaires au fil des ans. “C'était un cycle où il fallait toujours travailler davantage pour gagner pareil”, confie-t-il.
Toutefois, malgré ces défis, il demeure optimiste quant à l'avenir de l'agriculture. Avec l'augmentation des prix du lait en raison de la récente crainte de pénurie, il pense que la nouvelle génération d'agriculteurs pourrait avoir de meilleures perspectives. Pierre déplore néanmoins que beaucoup de ses enfants aient choisi d'autres voies professionnelles, regrettant qu'ils n'aient pas eu l'opportunité de voir leurs parents profiter davantage de la vie, ce qui aurait pu les inciter à reprendre les rênes de l'exploitation familiale.







